Discours du 11 novembre 2018

Cérémonie du 11 novembre 2018

Après trois ans de conflit, 1917 fut l’année de la « lassitude des peuples » et marqua le tournant de la Grande Guerre.

L’offensive Nivelle au Chemin des Dames fut un échec sanglant : les centaines de milliers de combattants sacrifiés ont affecté le moral des armées française et alliées, provoqué des mutineries. A l’arrière, l’union sacrée se fissure face aux pertes considérables, autant civiles que militaires, aux deuils, aux privations et aux difficultés de la vie quotidienne.

La guerre durait depuis trop longtemps et l’épuisement menaçait alors que la victoire était toujours incertaine.

En novembre 1917, Clémenceau est nommé président du Conseil et Ministre de la Guerre. Déterminé, il appelle à la « guerre intégrale » jusqu’à la victoire.

En décembre, l’Allemagne signe un armistice avec la nouvelle Russie bolchevique. Hindenburg et Ludendorff peuvent ainsi renforcer leur front occidental. Ils veulent une la victoire sur le front français avant que les divisions américaines qui débarquent peu à peu, soient opérationnelles.

Ᾱ partir du 21 mars 1918, Ludendorff lance trois grandes offensives des Flandres à la Champagne. Paris est sporadiquement bombardé, du 23 mars au 9 août par des canons de longue portée situés à plus de 100kms de la capitale. Ces attaques conjuguées creusent le front vers l’intérieur et ébranlent les Alliés.

Foch est nommé commandant des forces de l’Entente le 26 avril.

Les offensives allemandes sont arrêtées successivement : le 6 juin, la 4ème brigade des « marines » libère Bois-Belleau et la bataille de Reims, seconde bataille de la Marne, lancée le 15 juillet est mise en échec par les Alliés qui reprennent l’offensive sur toute la ligne Hindenburg à partir du 8 août autour d’Amiens.

Les troupes allemandes reculent et ne cesseront plus de reculer sur tout le front jusqu’en novembre.

Ce succès sur la Somme marque le tournant décisif de la guerre et l’effondrement du moral des allemands. Leur état major perçoit l’issue irréversible de la défaite. Ludendorff surnommera le 8 août « le jour noir de l’armée allemande ».

Le 8 novembre 1918, le maréchal Foch et les représentants des Alliés reçoivent les plénipotentiaires allemands dans le wagon restaurant d’un train garé dans la clairière de Rethondes, en forêt de Compiègne et leur énonce les conditions sévères de l’armistice.

Le lundi 11 novembre à 5h20, l’Armistice est signé pour prendre effet à 11h00.

Ᾱ la onzième heure du onzième jour du onzième mois, le 11 novembre 1918, des milliers de clairons sonnent le cessez-le-feu de la première guerre mondiale sur le front ouest. Peu à peu, les soldats, encore abasourdis, sortent des tranchées.

Dans toutes les capitales alliées, les civils envahissent les rues en liesse.

Ᾱ Paris, la foule acclame le « Tigre », le « Père la Victoire », Georges Clémenceau, qui parcourt à pied le boulevard Saint Germain pour recevoir à l’Assemblée l’hommage des députés et leur annoncer, sous les acclamations, le retour de l’Alsace Lorraine sous le drapeau français.

Dans toutes nos communes de France, du moins dans celles qui n’ont pas été détruites par les combats, les cloches sonnent à toute volée, on sort dans les rues drapeaux à la main, on chante « La Marseillaise ».

Enfin la paix ! ou du moins la fin des combats et de sa litanie de morts, de disparus et de blessés, invalides et gueules cassées.

Car cette liesse ne concerne pas les centaines de milliers de veuves et d’orphelins qui ont perdu leur père, leur fils, leur mari et dont ils porteront les séquelles toute leur vie.

Car le coût humain de cette Grande Guerre est effrayant : près de 20 millions de morts, militaires et civils.

La France, pour sa part, aura mobilisé 8,5 millions d’hommes, perdu 1,4 millions soldats, dont 235 000 encore pour la seule année 1918 et dénombré 4 millions de blessés.

Ᾱ cette hécatombe innommable, à cette jeunesse décimée, s’ajoutent des régions entières dévastées et un ressentiment pour les privations endurées.

L’Europe sort bouleversée et fragmentée par la guerre. Quatre empires disparaissent. De nouvelles nations surgissent dont l’avenir est incertain. En Allemagne, le soulagement s’accompagne pour beaucoup d’un sentiment de honte et d’humiliation qui fera le lit quelques années plus tard du nationalisme, du nazisme et de leurs conséquences.

Le 11 novembre 1918, Clémenceau déclarait à l’Assemblée Nationale : « Honneur à nos grands morts, qui nous ont fait cette victoire. Par eux, nous pouvons dire qu’avant tout armistice, la France a été libérée par la puissance des armes ».

Aujourd’hui, nous commémorons l’Armistice de 1918. Nous célébrons ces millions de Poilus et leur sacrifice pour la victoire de la France et de ses Alliés.

« Ils ont des droits sur nous » affirmait Clémenceau. Jacques Meyer, universitaire et ancien poilu, semble lui répondre, en écho « La guerre, mon vieux, tu sais bien ce que c’était, mais, quand nous serons morts, qui donc l’aura jamais su ? La guerre, c’est notre jeunesse ensevelie et secrète… ». La mémoire populaire lui donnera tort et il nous appartient de la faire vivre.

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons nous souvenir et passer le témoin à nos enfants, à nos petits enfants pour qu’ils apprennent le prix payé par leurs aïeux dans les tranchées, pour qu’ils sachent la fragilité de la paix et la nécessité de tout mettre en oeuvre pour la préserver.

Dans un instant, des écoliers évoqueront avec le sonnet de Rimbaud, écrit en 1870, la mort d’un jeune soldat, puis avec un poème d’Eluard, poème qui fut parachuté dans les maquis en 1942, la résistance et l’espérance de la victoire.

Ils viendront déposer une fleur devant le monument pendant que notre Vétéran de la Seconde Guerre Mondiale, Félicien Périno, 96 ans, fera l’Appel aux morts.

Et demain soir, avec des élèves du Clos de la Salle et leur directeur, nous irons, comme chaque année, raviver la flamme à l’Arc de Triomphe.

Vive la République ! Vive la France !

Le maire, Serge Caseris

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