Discours du 11 novembre 2015

Dscf0704L’an dernier, nous entamions la commémoration du centenaire de la Grande Guerre qui engagea la France et le monde dans un conflit sanglant qui devait durer plus de 4 ans, du 1er Août 1914 au 11 novembre 1918 : plus de 18 millions de morts dont 1,5 million pour la France, sans compter les innombrables blessés et mutilés.

Et pourtant ! Lorsque nos soldats partent au combat, en ce début d’août 1914, la légende veut qu’ils avaient la « fleur au fusil » et étaient convaincus que cette guerre serait courte et qu’ils seraient de retour pour Noël, victorieux, ayant pris leur revanche sur l’Allemand et qu’ils auraient ramené l’Alsace et la Lorraine dans le giron national.

Ils devaient rapidement déchanter et apprendre très vite que le feu tue. Nos armées attaquent en Alsace pendant que les Allemands envahissent la Belgique et nous débordent par l’ouest. Dès le 18 août 1914, le premier mesnilois, le Caporal Marcel Jouanneau, du 21e Régiment d’Infanterie « R.I » est tué à Hersbach en Alsace… Il avait 20 ans !

Le 3 septembre, les Allemands sont à quelques dizaines de kilomètres de Paris.
Les armées françaises et anglaises contre attaquent et arrêtent leur progression. Le général Gallieni décide d’acheminer rapidement des troupes fraîches sur le front en réquisitionnant 600 taxis parisiens. Un transport dont on fera une épopée.

La première bataille de la Marne commence le 5 septembre.

En 7 jours, 2 000 000 d’hommes vont s’affronter : 100 000 Français seront portés morts ou disparus dont Charles Péguy le 5 septembre à Villeroy près de Meaux, un lieu que nos élèves de C.M.2 ont pu visiter.

Le 6 septembre, le Mesnilois Gabriel Robin du 39e R.I., est tué au village d’Escardes, près de Provins… Il avait 21 ans.

Noël 1914, près d’Ypres, des soldats anglais et allemands, décident de fêter l’évènement par un match de football plutôt que de s’entretuer.

Quatre mois plus tard, en avril 1915, ces mêmes soldats s’affronteront dans la seconde bataille d’Ypres qui conduira ses habitants à fuir vers le sud et c’est ainsi que plusieurs familles belges se réfugièrent dans notre commune.

Arrêtons-nous sur l’année 1915, il y a 100 ans.

Dans les tranchées « c’est une incessante succession d’escarmouches, d’assauts et de bombardements ». C’est aussi de longs temps d’attente, de désoeuvrement, « un temps devenu sans jours et sans semaines » à attendre la soupe, le courrier, la relève la permission, la paix …

Pour Dorgelès « Aucun de nous ne peut croire qu’un jour, il couchera ailleurs que dans la boue… La misère nous tient si bien qu’on se croit à elle pour toujours. »

En dépit des nombreuses offensives, 1915 est une année d’enlisement sur le front occidental mais aussi une année de révolution des moyens mis en oeuvre : l’aviation d’observation s’équipe de mitrailleuses ; les 20 et 21 mars, un Zeppelin bombarde les gares du Nord et de Saint-Lazare, les mines couvrent les champs de bataille, les sous-marins anglais coulent leurs premiers navires, le 7 mai 1915, le paquebot Lusitania est torpillé par les Allemands avec des centaines de victimes américaines.

C’est en 1915 que l’armée française décide enfin d’abandonner le fameux pantalon rouge garance datant du Second Empire pour l’uniforme bleu horizon et le képi garance pour le casque Adrian.

Dscf07161915, il y a 100 ans, c’est aussi la décision des Alliés d’ouvrir un second front en Europe orientale pour soutenir la Russie. Les Dardanelles et la bataille de Gallipoli contre les Turcs furent un cuisant échec : 120 000 morts dont la moitié dans le contingent franco-britannique.

1915, c’est le début des manifestations et d’émeutes en Russie contre la guerre et le pouvoir impérial, précurseurs de la chute des Romanov.

1915, c’est encore, ne l’oublions pas, la décision du Gouvernement Turc, qui profite de la guerre en Europe, pour exterminer plus d’1 500 000 arméniens.

1915, c’est enfin une année où les force Alliées tentent en vain d’enfoncer le front allemand sur notre sol, en dépit de nombreux assauts, et des centaines de milliers de morts, en Champagne et en Artois.

Ces quelques faits nous rappellent, chaque année, qu’avant d’être une victoire le 11 novembre 1918, la grande guerre fut une immense tragédie humaine où des millions d’hommes vécurent l’enfer et tombèrent au champ d’honneur.

L’allégresse de la victoire ne peut faire oublier les milliers de maisons qui gardèrent leurs volets clos sur le deuil de leurs occupants.

« La joie et les larmes se confondent dans un grand mouvement d’émotion collective. Les français se recueillent dans l’hommage à la ténacité du fantassin, à l’endurance du paysan, à la cohésion de tout un peuple qui sort victorieux de la plus dure et la plus longue épreuve de son histoire. »
René Rémond in « Notre siècle ».

11 novembre ! Pendant des décennies, il n’était point besoin d’ajouter le millésime pour que les Français se souviennent de ces combattants, du sang versé pour défendre la patrie et des leçons à en tirer « Plus jamais ça ».

Dscf0741Quelle signification nos compatriotes et les jeunes générations en particulier, donnent-ils aujourd’hui à cette commémoration et à ces monuments aux morts dressés dans toutes les villes et les villages de France ?

« Mes morts, mes pauvres morts, écrivait encore Roland Dorgelès, c’est maintenant que vous allez souffrir, sans croix pour vous garder, sans coeurs où vous blottir. Je crois vous voir rôder, avec des gestes qui tâtonnent, et chercher dans la nuit éternelle tous ces vivants ingrats qui déjà vous oublient. »
Roland Dorgelès « Les Croix de bois ».

Winston Churchill affirmait qu’ « Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre. »

En accompagnant demain soir des élèves de C.M.2 à l’Arc de Triomphe pour ranimer la flamme sur la tombe du Soldat inconnu, nous nous rappellerons et nous accomplirons, comme aujourd’hui, un devoir de mémoire indispensable sur l’un des évènements majeurs qui a forgé notre Nation et notre Histoire.

Vive la République ! Vive la France!

Le maire, Serge Caseris

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