Discours du 18 juin 2014

Discours du 18 juin du maire Serge Caseris

Le 16 juin 1940, à Bordeaux, où s’est réfugié le gouvernement français, l’atmosphère est au défaitisme : Reynaud a démissionné, Pétain lui succède.Le 17 juin, les Allemands sont sur la Loire. Ils finissent d’encercler les armées de l’Est et détiennent un million de prisonniers. Des millions de réfugiés civils fuient la progression de l’armée ennemie.

A 12h20, le maréchal Pétain annonce à la radio : «…Sûr de l’affection de notre admirable armée,… sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur…. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat».

Le 18 juin, Winston Churchill, célèbre à sa manière, devant le Parlement britannique, le 125ème anniversaire de la victoire de Waterloo en enjoignant ces concitoyens à «s’armer de courage pour faire face à ses devoirs».

Ce 18 juin, vers 19h, un général à titre temporaire «naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre», comme il l’écrira, lance un appel au français sur les ondes de la BBC : «Le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! …Cette guerre est une guerre mondiale… Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas».

Pour le général de Gaulle, ce n’est pas la carence de l’armée qui explique la défaite mais la déliquescence de l’Etat et la trahison de ses élites politiques et militaires.

Rares sont ceux qui entendirent cet appel et, plus rares encore, furent ceux qui auraient imaginé que le 18 juin 1940 allait devenir le 18 Juin que nous célébrons aujourd’hui, à la fois symbole du refus, symbole de l’esprit résistant et symbole, selon les mots du Général de «l’honneur, de la raison et de l’intérêt national».

A défaut d’avoir entendu l’Appel, les premiers résistants ont su très tôt que de Gaulle avait été le premier à dire « non » et à le faire savoir, grâce au miracle de la radio ; qu’il avait été apparemment le seul, puisque la brutalité de la défaite avait tétanisé le peuple et que le gouvernement du Maréchal Pétain avait contraint au silence les rares protestataires potentiels.

La manifestation de milliers d’étudiants parisiens, le 11 novembre 1940, à l’Arc de Triomphe, précédée de deux perches en bois, deux gaules, est l’un des premiers et éclatants témoignages de cette prise de conscience de ce que représentait le « non » du Général.

Cet Appel est visionnaire : la conscience d’une guerre, non pas nationale, mais mondiale et la nécessité de la résistance.

C’est un acte fondateur qui jouera un grand rôle pour l’affirmation de la France libre et sa présence au rang des vainqueurs le 8 mai 1945.

« Soldats de France, où que vous soyez, debout ! » lançait de Gaulle le 19 juin 1940 à la BBC.

Le long, opiniâtre et périlleux travail de la Résistance commençait.

Des ouvriers, paysans, ingénieurs, soldats, décidèrent de répondre à cet appel et de relever le défi : continuer le combat, faire la guerre à la guerre jusqu’à la victoire.

Par le bouche-à-oreille, dans tous les milieux de la société, dans l’ombre de la clandestinité et prenant tous les risques, des femmes et des hommes déterminés ont peu à peu dit NON, se sont organisés et ont pris part à la victoire, souvent au péril de leur vie.

Les étapes suivantes sont connues : l’engagement de Français Libres sur tous les théâtres de combat, la gloire de Bir Hakeim, la création d’un Comité national de la Résistance, puis, à partir de 1942 l’adhésion des mouvements de résistance.

Juin 1940 avait été le point le plus bas de l’histoire française, sans doute depuis des siècles. La perspective change : Juin 1940 apparaît comme le début de la remontée. La libération de Paris et le sacre populaire du 25 août 1944 qui investit de Gaulle des Champs Elysées à Notre Dame achèvent de donner son sens au 18 Juin.

L’Appel incarne le refus, l’indignation mais aussi l’espérance autour des valeurs de l’humanisme et du dévouement aux autres, jusqu’au sacrifice suprême.

Comment ne pas citer, une fois encore, André Malraux :  » L’appel apporte une affirmation, presque une révélation, qui légitime ce qu’espèrent et n’osent espérer presque tous les Français, même ceux qui sont alors fidèles à Pétain : « La France n’est pas morte. » L’essentiel est là… Il s’agit moins de former un corps de bataille que de témoigner, moins de prophétiser la victoire finale que d’affirmer une réalité présente. « La France n’est pas morte. » Une idée toute simple, perceptible pour tous. Le 18 juin, il s’agit de rendre confiance. Il répète trois fois : « La France n’est pas seule ». Il prophétise la victoire, mais ce qu’il veut, dès le 18 juin, c’est d’abord délivrer la France de son propre abandon. « Idée importante, fondamentale.»

Le 18 juin est, pour nous, aujourd’hui, une leçon mémorielle qu’il serait bon de retenir.

Vive la République ! Vive la France !

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