Discours du 8 mai 2015

Vendredi 8 mai 2015
Le Mesnil-le-Roi

7 mai 1945, à 2h41 : Le Général Jold, chef d’état-major de la Wehrmacht signe à Reims la capitulation sans conditions du Troisième Reich. La cessation des combats est fixée au lendemain 8 mai, à 23h01.

Pour satisfaire l’exigence de Staline, une seconde ratification a lieu dans la nuit du 8 mai à Berlin, dans le secteur soviétique, par le maréchal allemand Keitel en présence de tous les Alliés, le général de Lattre de Tassigny représentant la France.

La guerre en Europe était terminée. Il faudra encore attendre Hiroshima et Nagasaki en Août 1945 pour que le Japon capitule le 2 septembre suivant et que s’achève la Seconde Guerre Mondiale.

Cette guerre totale, qui a ravagé l’Europe, fit plus de 45 millions de morts. Car au conflit militaire entre Nations, s’est ajoutée une persécution volontaire, méthodique de populations civiles, hommes, femmes, enfants, parce qu’ils étaient juifs, slaves, tziganes, ou parce qu’ils entendaient résister une idéologie barbare.

Tous pourchassés, déportés, exterminés.

Le 8 mai 1945, le Général de Gaulle annonçait aux français :

« La guerre est gagnée. Voici la victoire. C’est la victoire des Nations Unies et c’est la victoire de la France…La patrie porte sa pensée et son amour, d’abord, vers ceux qui sont morts pour elle, ensuite, vers ceux qui ont, pour son service, tant combattu et tant souffert. Pas un effort de ces soldats, de ces marins, de ces aviateurs, pas un acte de courage ou d’abnégation de ses fils et de ses filles, pas une souffrance de ces hommes et de ces femmes prisonniers, pas un deuil, pas un sacrifice, pas une larme n’auront donc été perdus. Honneur à nos armées et à leurs chefs, Honneur à notre peuple que des épreuves terribles n’ont pu réduire ni fléchir, Honneur aux Nations Unies qui ont mêlé leur sang à notre sang, leurs peines à nos peines, leur espérance à notre espérance et qui, aujourd’hui, triomphent avec nous. »

En écho, dans chaque village, dans chaque ville, on entonne la Marseillaise pour célébrer la fin de 5 ans d’occupation, d’humiliation, de privations et de résistance à l’occupant.

La France, en ruine, pleure aussi cinq cent mille morts, et compte des millions de personnes déplacées, sans abri ni ressources.

Pour que la France siège parmi les vainqueurs, il aura fallu la détermination sans faille d’un homme, l’engagement des pêcheurs de l’île de Sein comme de tous ceux qui refusèrent dès juin 1940 l’inacceptable, des Forces françaises Libres, des résistants de l’intérieur, de ces « soutiers de la gloire » comme les appellera Pierre Brossolette.

Il aura fallu le courage et le succès de nos soldats à Koufra (1941), Bir Hakeim (1942), sur les flancs de Monte Cassino, en Normandie, à Strasbourg, à Colmar et sur tous les fronts aux cotés de nos alliés.

Il aura fallu l’action et l’abnégation de ces hommes et de ces femmes de l’Armée des Ombres qu’exalte, Joseph Kessel: « Jamais la France n’a fait guerre plus haute et plus belle que celle des caves où s’impriment ses journaux libres, des terrains nocturnes et des criques secrètes où elle reçoit ses amis libres et d’où partent ses enfants libres, des cellules de tortures où malgré les tenailles, les épingles rougies au feu et les os broyés, des Français meurent en hommes libres. »

L’idéal de liberté de ces héros connus ou anonymes, leur volonté d’œuvrer pour une société plus juste contribuèrent au programme du Conseil National de la Résistance, à la reconstruction de la France et à celle d’une Europe enfin pacifiée.

Aujourd’hui, 70 ans plus tard, les rangs des combattants de la Seconde Guerre Mondiale s’éclaircissent.

Ils nous ont laissé un héritage de valeurs et de paix inestimable mais sans doute trop lointains pour que nous apprécions leur juste prix.

Notre devoir, notre obligation est d’en entretenir la mémoire car ces sont des biens plus que jamais menacés.

Les menaces sont autour de nous quand on voit les conflits qui se développent dans le monde et qui nous impliquent de plus en plus.

Les menaces sont aussi en nous quand on constate combien cette mémoire est contestée par une occultation ou une réécriture de l’histoire de la France pour les jeunes générations.

En rendant hommage au sacrifice de nos aînés, nous œuvrons simplement pour préserver et transmettre cet héritage.

Victor Hugo, rappelant son attachement aux grandes dates de la République, écrivait: « Les souvenirs sont nos forces…on dissipe les ténèbres. Ne laissons jamais s’effacer les anniversaires mémorables. Quand la nuit essaie de revenir, il faut allumer les grandes dates, comme on allume les flambeaux ».

Vive la République! Vive la France !

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