Discours du 8 mai 2016

Commémoration du 8 mai 2016

La capitulation sans condition du Reich est signée à Reims le 7 mai 1945 à 2h41 du matin et les armes doivent se taire le 8 mai 1945 à 23h.

Ce 8 mai 1945, le général de Gaulle télégraphie à Churchill « Au moment où le canon cesse de tonner sur l’Europe, je tiens à vous adresser ma pensée fidèle d’amitié et d’admiration. Ce qui a été fait ne l’aurait pas été sans vous… »

5 ans plus tôt, le 12 mai 1940, les panzers de Guderian franchissent la Meuse avant d’enfoncer nos troupes à Sedan… la Luftwaffe pilonne Amiens et Arras le 19 mai, occupées quelques jours plus tard.

La ligne Maginot avait fait illusion dans nos états-majors.

Le 24 mai, les allemands pénètrent dans Paris ville morte.

Le 22 juin 1940, Pétain signe l’armistice, et la brève Bataille de France s’achève.

La France est séparée en deux par une ligne de démarcation qui s’étend sur plus de 1200 kms. Pendant plusieurs semaines, c’est la débâcle et l’exode de millions de Français, jetés sur les routes et souvent attaqués par les Stukas de l’ennemi.

Le 4 octobre 1940 le maréchal Pétain autorise l’internement dans des camps spéciaux des « ressortissants étrangers de race juive » qui conduira au Vel d’Hiv en juillet 1942 et au « massacre des innocents » : 11 400 enfants juifs seront déportés entre 1942 et 1944, dont 4 000 au cours du seul été 1942.

« Il a fallu toucher le fond de l’abîme pour retrouver l’espérance. Les martyrs rendent témoignage au peuple » écrira François Mauriac.

Dès le 11 novembre 1940, 2 500 lycéens et étudiants parisiens manifestent contre l’occupant et défilent à l’Arc de Triomphe en chantant la Marseillaise ou en criant « Vive de Gaulle« .

La résistance intérieure s’organise avec des poignées d’hommes et de femmes qui refusent l’occupation étrangère, s’opposent à l’idéologie nazie, veulent échapper à la déportation ou au STO en rejoignant les maquis. Ils renseignent les Alliés, sabotent les installations ferroviaires, attaquent les convois militaires de l’ennemi, sont soumis à la répression de Vichy. Leurs actes héroïques jalonnent les 5 années de guerre.

Les réactions de l’occupant sont de plus en plus violentes.

En août 1941, il décide de fusiller des prisonniers pour punir les attentats contre ses soldats: 100 fusillés pour un allemand tué demande Hitler. Ils sont français, étrangers, communistes, juifs, chrétiens, résistants, unis sous les balles des nazis.

Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n’y croyait pas. (écrit Aragon)

Parmi les milliers de fusillés, connus et inconnus, citons l’un des premiers envoyés par le général de Gaulle pour organiser le réseau Nemrod, d’Estienne d’Orves, fusillé au Mont-Valérien le 29 août 1941, avec trois de ses compagnons.

Citons les 27 fusillés de Châteaubriant, le 22 octobre 1941. Parmi eux, Guy Moquet, âgé de 17 ans, communiste. Dans les jours qui suivent, des dizaines d’innocents sont fusillés à Nantes, Bordeaux, au Mont Valérien et en province.

Pierre Seghers, écrit à propos de ces martyrs d’octobre :

« Octobre, quand la vendange est faite dans le sang
Le vois-tu avec ses fumées, ses feux, qui emporte
Le Massacre des Innocents
Dans la neige du monde, dans l’hiver blanc, il porte
Des taches rouges où la colère s’élargit …
Malgré l’Octobre vert qui vit cent corps se plier
Aux côtés de la Jeanne au visage de fer
Née de leur sang de fusillés »

Rappelons enfin cette lettre d’Henri Fertet, résistant catholique, fusillé le 26 septembre 1943 à Besançon : « Je meurs pour ma patrie, je veux une France libre et des Français heureux, non pas une France orgueilleuse et première nation du monde, mais une France travailleuse, laborieuse et honnête. Que les Français soient heureux, voilà l’essentiel. Dans la vie, il faut savoir cueillir le bonheur… Les soldats viennent me chercher… Adieu, la mort m’appelle, je ne veux ni bandeau, ni être attaché. Je vous embrasse tous. C’est dur quand même de mourir. »
Signé : Un condamné à mort de 16 ans »

Ces fusillés, ces simples témoignages, sont des instantanés tragiques d’une France qui refuse l’humiliation d’une occupation. Eisenhower écrira dans ses Mémoires que la Résistance représentait l’équivalent de 15 divisions. Ils ne sauraient faire oublier les troupes de la France Libre qui se battirent aux côtés des Alliés, de Koufra au Berghof, et encore moins résumer une guerre totale aux dizaines de millions de victimes et aux camps de la mort.

Les Alliés n’auraient jamais accepté la présence de la France aux capitulations allemande et japonaise qui mettaient fin au plus effroyable conflit qu’ait connu l’humanité, si elle n’avait su prouver qu’elle en était digne. Si elle y a participé, c’est qu’elle le méritait, et si elle le méritait, c’est qu’elle avait combattu.

Aujourd’hui, nous devons garder en mémoire les sacrifices de nos aînés, des sacrifices qui ont été la seule voie pour participer à la Victoire.

Les commémorations sont nécessaires pour ne rien oublier. Nous saluons aujourd’hui tous ceux qui sont tombés au cours de cette longue guerre et que nous ne devons pas oublier: l’actualité nous le demande, l’actualité nous y oblige car l’histoire semble se répéter de façon plus insidieuse.

Nous devons cesser d’être naïfs et nous souvenir des héros de la France Libre et de la Résistance, être à la hauteur de leur exemple.

« J’ai su faire mon devoir de français. La qualité du terreau dépendra de celle de ses feuilles. Je veux parler de la jeunesse française » écrivait Jacques Decour, juste avant d’être fusillé au Mont Valérien.

Il y exprimait sa confiance dans la jeunesse, persuadé que son sacrifice ne sera pas vain. C’est à nous qu’il appartient de rappeler ces pages d’histoire et ces exemples à nos enfants.

Vive la République ! Vive la France !

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