Monument aux morts – Place du 11 novembre

Discours du 5 décembre 2015

Aujourd’hui, 5 décembre, nous sommes de nouveau rassemblés pour rendre hommage aux 25 000 soldats « Morts pour la France » durant la guerre d’Algérie, les combats du Maroc et de Tunisie mais aussi aux 200 000 morts et disparus, notamment des civils et militaires victimes des exactions après le 19 mars 1962.

Plus sans doute que d’autres conflits, la guerre d’Algérie, occupe une place particulière dans notre histoire et notre mémoire collective, une place souvent faite d’incompréhension et de souffrance.

La guerre d’Algérie avait commencé par un meurtre abject : celui d’un instituteur de 23 ans arrivé un mois plus tôt pour participer à l’œuvre d’alphabétisation.

C’était le 1er novembre 1954 !!

Cette guerre avait obéi aux lois d’airain de la guerre révolutionnaire: terreur des populations, montée des extrêmes, spirale du cycle provocation-répression. Elle s’était déroulée sur un invisible champ de bataille, contre un ennemi insaisissable. Elle avait vu se succéder les embuscades, les tueries, auxquelles avaient répondu des opérations de ratissage….

Cette guerre, dont on cacha longtemps le nom, fut aussi une guerre civile, où l’ennemi pouvait être l’allié et l’allié se révéler ennemi. Elle divisa toutes les familles, en Algérie comme en métropole.

Ce furent dix années difficiles, durant lesquelles près d’un million et demi de combattants, militaires de carrière, appelés et rappelés, formations supplétives et membres des forces de l’ordre, servirent la République avec courage et détermination, défendant une certaine idée de la France, dans un environnement international de plus en plus difficile.

Ce furent dix années meurtrières, dix années troublées, faites d’instabilité, d’ambiguïté politiques et d’incertitude sur l’issue du conflit, qui finalement aboutirent à l’indépendance de l’Algérie et à l’arrivée en France métropolitaine de centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, meurtris dans leur chair et dans leur cœur.

Anciens combattants, présents aujourd’hui, vous avez pour la plupart d’entre vous, servi en Algérie.

Vous aviez alors 20 ans, vous aspiriez au bonheur dans une France qui se reconstruisait et s’éveillait au Trente Glorieuses. Certains d’entre vous ont servi sur les champs d’opération, 18 mois et plus.

Vous avez tous répondu à l’appel de la nation, en dépit de vos craintes et parfois de vos consciences. Mais c’était votre devoir et vous l’avez accompli à l’un des moments les plus douloureux de notre histoire et dont nous portons encore les stigmates.

Vous avez en vous la mémoire du courage qu’il fallait avoir pour affronter une guérilla sans merci, un ennemi sans visage, des souffrances qu’il fallait endurer.

Vous avez peut-être été témoins du sacrifice d’un camarade tombé à vos côtés.

Vous avez vécu la fraternité des armes. Vous avez aussi compris qu’être français, servir sous notre drapeau, pouvait être exigeant, déchirant et avait un prix, parfois le prix du sang.

Chaque année, trop peu nombreux hélas, nous nous retrouvons autour de ce monument aux morts pour honorer nos soldats qui donnèrent leur jeunesse et leur vie pour notre pays.

Chaque année, nous rappelons le devoir de mémoire pour que nos concitoyens connaissent cette histoire tragique, notre histoire, et qu’ils en tirent les leçons, conjurent les rancœurs et travaillent pour la paix. Hélas, « l’histoire est tragique ».

Je ne peux, en effet, m’empêcher de penser, comme chacun d’entre vous, à la tragédie que nous venons de vivre le 13 novembre dernier, à Paris, à quelques kilomètres d’ici. Je ne fais aucun amalgame mais je souhaite associer à notre recueillement d’aujourd’hui toutes ces victimes insouciantes, heureuses de vivre, ces 130 innocents qui ont péri et 350 blessés, frappés lâchement par des fanatiques guidés par une idéologie abjecte.

Certaines de ces victimes nous étaient connues et rendent plus encore le drame inacceptable. Nous sommes en guerre, nous dit-on, mais la guerre n’est pas qu’à l’extérieur. Elle est aussi à nos portes. Nos compatriotes l’ont bien compris et, saisis par la peur, ont redécouvert les symboles de notre République, le drapeau et la Marseillaise.

Chacun semble avoir compris la menace, qu’il fallait réagir, réaffirmer nos valeurs, ce que nous sommes et, plus encore, ce que nous voulons être.

Vive la République, Vive la France !!

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